mardi 13 novembre 2012

Claude André GARDET (1776-1855) facteur d'instruments de musique à vent à Besançon.

Besançon en 1575. (Source Wikipédia)
Lorsque l'on regarde cette carte ancienne de Besançon, on comprend immédiatement que ce site géographique était destiné a devenir un centre militaire. Cette ville frontière entre la France et son "éternel" ennemie allemand a eue une histoire tourmentée, passant tour à tour de la domination du Saint Empire Germanique, au royaume d'Espagne ; puis ville libre elle connue une terrible bataille entre protestants et catholiques avant d'entrée dans le "Bon royaume de France" et de devenir un des maillons essentiels de défense de l'est de la France.

Sa célébre citadelle abrita fin XVIII début XIX, bon nombre de militaires notamment des artilleurs.
Qui dit armée...dit fanfares et musique et donc facteurs d'instruments. Les premiers furent les Sécrétan qui arrivèrent de Saint Claude (patrie des tourneurs) en 1794, période d'expansion des musiques militaires, suivi de Claude André Gardet et ensuite de François George (1850-1880) et de Jules Henry (1880-1913).
Marque de Claude André GARDET.

Claude André GARDET est né le 23 juillet 1776 à Besançon. Il était le fils d’Urbain GARDET (1737-1795) marchand à Besançon, né à Fondremand en Haute Saône et Marie Josèphe PAULIN (1737-1813).

Signature de C.A GARDET

Il eut six frères et sœurs dont Jean François GARDET (1777-1830), tout d’abord horloger puis cafetier et qui sera de tous les événements de la famille ;  Anne Françoise GARDET (1771- ?) avait épousée Claude Marie Emmanuel Sécrétan (1773- ?) facteur d’instruments de musique à Besançon.

Clarinette en Ut à six clés rondes. (Collection RP)

Claude André Gardet était musicien à son mariage en 1804 à Besançon, avec Jeanne Françoise Philiberte RICHARD  (1782 - ?), la fille d’un potier d’étain.

Clarinette Sib à 12 clés rondes. (Collection William Rousselet)

Ils  auront deux filles : Françoise Joséphine GARDET(1805 - ?) professeur de musique resta célibataire et Anne Claude GARDET (1807 - ?) professeur de musique, qui épousa Louis NAUDIER négociant à Besançon.

Détail de la clarinette en Sib et de sa clé inverse de Fa. (Collection  W. Rousselet)

C. A. Gardet a sans doute été formé dans l’atelier de son beau-frère, Claude Sécrétan, dont il prit la suite, lorsque ce dernier décida (vers 1820) de s’orienter vers une carrière de fonctionnaire (percepteur).

Clarinette 13 clés en Sib dont de nombreuses clés sont manquantes. (Collection N.C.)
Il existe peu d’instruments de C. A. Gardet, surtout des clarinettes. Il était bien sur également marchand de pianos et de musique. Son magasin était situé 83 Grande Rue à Besançon

Une des rares flûtes connues signée Gardet. (Vente eBay 2009)

Il décéda le 27 décembre 1855, à 79 ans 10 rue du Collège à Besançon.
 
Pour ceux qui voudraient plus de détails sur la généalogie Gardet :

Site généalogie des Facteurs d'instruments de Musique

mercredi 26 septembre 2012

Actualités sur Mangeot facteurs de pianos à Nancy et sur Miraucourt à Verdun.


En décidant d'écrire un dictionnaire des facteurs de l'est de la France, et en précisant qu'il serait évolutif....Je ne pensais pas que cette évolution serait aussi importante. La somme des documents disponibles permettrait d'écrire une monographie sur chaque facteur.
Concernant par exemple nos facteurs de pianos nancéiens, les frères MANGEOT  nous avons découvert de nouveaux documents, comme cette magnifique carte de l'exposition universelle de Paris de 1878 d'Alfred MANGEOT (1831-1889).

Carte d'Alfred Mangeot pour l'exposition de 1878.
(Forum de place de l'Ours)
On se souvient que cette année 1878 avait été pour la famille Mangeot une année faste. Ils avaient remporté une médaille d'or à l'exposition de Paris, pour leur piano à double claviers.
(voir article : http://facteursetmarchandsdemusique.blogspot.fr/2011/09/le-piano-double-clavier-des-freres.html
Lucien Comettant (1852-1825)
L’année 1878 se termina en apothéose le 7 décembre, par le mariage de Jeanne Amélie Mangeot, fille aînée d’Alfred Mangeot avec Louis Comettant (25 ans) né à New York en 1853, représentant de la société Mangeot Frères, fils du célébre homme de lettres Oscar Comettant. La cathédrale de Nancy pleine à craquer, acceuillait de prestigieux artistes, dont Charles Gounod, qui fit interpréter son célèbre Avé Maria et son beau cantique : «  Le ciel a visité la terre ».
Jeanne Amélie Mangeot (1859-1942)
Toutes ces informations proviennent d'un très beau site canadien réalisé par un descendant de la famille Comettant et qui publie la vie d'Oscar Comettant écrit par son fils Lucien. C'est passionnant et très documenté, on y apprend la rencontre de Lucien avec son épouse à Nancy, leur mariage et leur vie au Canada : http://www.comettant.com/photographies/lucien-comettant-et-famille/

Oscar Comettant (1819-1898)
Charles Gounod (1818-1893) était témoin à ce mariage.
Charles Gounod (1818-1893)
Si vous voulez revoir notre article sur l'histoire de la Maison Mangeot à Nancy, cliquer sur ce lien :
http://facteursetmarchandsdemusique.blogspot.fr/2010/01/mangeot-nancy-facteurs-de-pianos-1830.html
Jean Marc STUSSI, spécialiste des facteurs de pianos de Nancy, nous signale cette photo du deuxième frère : Edouard MANGEOT. (BNF)
Si vous voulez en savoir plus sur tous les facteurs de pianos de Nancy, nous vous conseillons l'article de Jean Marc Stussi :
Article sur les facteurs de pianos de Nancy.
Autre nouveauté, la découverte d'un instrument signé de Joseph MIRAUCOURT ( 1694-1757) à Verdun (Information de notre ami Richard Charbit).
Jusqu'à présent on ne connaissait aucun instrument de ce luthier, et dans certains ouvrages on doutait de sa profession.
Voici donc cette jolie vielle à colonnettes......Elle est bien signée de " Joseph Miraucourt à Verdun 1744", et peut donc être attribuée, au père... car le fils, Joseph Miraucourt junior, qui sera lui aussi luthier, est né en 1729 et avait 15 ans à la date de fabrication de cette vielle.
Marque de Joseph Miraucourt à Verdun.


Pour en savoir plus sur Joseph Miraucourt : http://facteursetmarchandsdemusique.blogspot.fr/2012_05_01_archive.html


A la suite de notre article sur le Csakan, Richard CHARBIT, vous présente chez "Orphée" ce très beau csakan en ivoire.

http://rp-archivesmusiquefacteurs.blogspot.fr/search/label/Csakan


"Csakan en ivoire du facteur Viennois Melchior Harrach.Outre la signature du facteur gravé sur une plaque d'argent, un médaillon d'argent porte  en Français la mention :" pour Robert Richter 1834 in Wien ".Ce Csakan est typique dans sa fabrication des instruments de cette période. Possédant un pavillon vissé type Hautbois.Le tenon de la tête a été refait, et deux bagues ciselées en argent sont absentes.Tonalité en la b ou en fa, difficile de le déterminer étant donné l'état musical de cette flûte.La clé ciselée elle aussi est caractéristique de cette école. Il n'existe pas à ma connaissance et à la connaissance d'un professionnel  éclairé de csakan en ivoire.Seul un richissime amateur Viennois a pu en faire commande".


Le site de Richard : http://www.orpheemusic.com/

lundi 14 mai 2012

De Souilly à Reims, en passant par Verdun : la saga familiale des facteurs et luthiers : Desrousseaux, Miraucourt, Conscience, Godet.

Tête d'un quinton, marque et signature de Nicolas DESROUSSEAUX.
Nous avons déjà traité dans ce blog, l'histoire de Nicolas DESROUSSEAUX (1716-1783), luthier à Verdun, qui avait épousé en 1744 Jeanne MIRAUCOURT (1721-1792), la fille d'un luthier qui exerça à Verdun Joseph MIRAUCOURT.
Vous pouvez relire cet article consacré à Nicolas DESROUSSEAUX : http://facteursetmarchandsdemusique.blogspot.fr/2011_04_01_archive.html

Depuis la rédaction de cet article, nous avons été contacté par Luc SECOUARD descendant de ce luthier, qui nous a apporté de nombreux renseignements sur ses ancêtres. Qu'il en soit remercié.
De plus Denis WATEL a fait paraître dans le Larigot N°47 de mars 2011, un article trés intéréssant :
"Tourneurs et facteurs d'instruments à vent : les GAMBETTE à Verdun au 18° siècle", dans lequel il mentionne les familles de luthiers et de facteurs de Verdun.
Mais revenons à nos luthiers.
Joseph MIRAUCOURT est né à Souilly dans la Meuse, le 18 mai 1694 ; son père était maréchal ferrant.
Il épouse le 12 février 1720 à Souilly, Jeanne Henriette GROSJEAN (1697-1743) dont il aura sept enfants dont Joseph MIRAUCOURT né en 1729 qui sera luthier et Jeanne MIRAUCOURT (1721-1792) qui épousera en 1747 Nicolas DESROUSSEAUX. Marie Anne MIRAUCOURT née le 15 novembre 1739 avait pour parrain Pierre CONSCIENCE tourneur à Verdun.

Marque de Joseph MIRAUCOURT père.

Signature de Joseph MIRAUCOURT père
Il arrive à Verdun vers 1734, il se déclare luthier en 1739 à la naissance de sa fille Marie Anne. Il se remarie à Jametz dans la Meuse le 22 septembre 1750 avec Anne TRIBOULT. Au cours de son remariage il se déclare luthier, un des témoins est Joseph Miraucourt « luthier, fils du marié, bourgeois de Verdun ». Il laisse à son gendre Nicolas Desrousseaux, aussi témoin à son mariage et à son fils Joseph Miraucourt, son atelier de Verdun et s’installe à Jametz.


Joseph MIRAUCOURT père aura trois enfants avec sa seconde épouse et sur les actes de leurs naissances et de décès Joseph Miraucourt se déclare « faiseur d’instruments » et même « ménétrier ».
La dernière trace que nous avons trouvée date du 25 avril 1757 à Jametz, date du mariage de son beau-frère Noël TRIBOULT (27ans) luthier à Jametz (la profession de ménétrier est barrée), Joseph Miraucourt se déclare luthier.
Signature de Joseph Miraucourt Fils. 
Nous n'avons pas trouvé la date et le lieu de son décès.
La famille CONSCIENCE est elle aussi originaire de Souilly dans la Meuse, et il devait exister des liens avec la famille MIRAUCOURT.
Jean François CONSCIENCE est né le 18 février 1764 à Verdun (Paroisse Saint Pierre l’Angelé). Il appartenait à une famille de Maîtres tourneurs de Verdun, son père Pierre CONSCIENCE (1728-1799), son grand père Jacques CONSCIENCE, son oncle Jean Hubert CONSCIENCE (1733-1800), son grand-oncle Charles CONSCIENCE, étaient Maîtres tourneurs à Verdun.

Marque d'une clarinette à 5 clés de Jean François CONSCIENCE. Collection William ROUSSELET.
Pierre Conscience avait épousé vers 1750 Jeanne ROBERT (mère de Jean François) et avait au moins quatre enfants : Jacques CONSCIENCE né en 1753, Jean François CONSCIENCE né en 1764, Jeanne CONSCIENCE née en 1770, Catherine CONSCIENCE née en 1774.  Il est décédé à l’hospice de Verdun, à 71 ans, le 22 décembre 1799.

Signature de Jean François CONSCIENCE (1764-1829)
Son fils Jean François CONSCIENCE est arrivé vers 1800 à Chalons sur Marne où il était installé en 1804 comme facteur d’instruments à vent.
Il avait épousé Rose Elisabeth GAROLLE, née en 1766 à Baudement dans la Marne. Ils ont eu plusieurs enfants : Jeanne Désirée CONSCIENCE (1804- ?), qui épousera en 1837 Nicolas Louis CHERON, veuf de Paris, Augustine Souvine CONSCIENCE (1806-1904).

Clarinette en Si B à 5 clés de Jean François CONSCIENCE. Collection William Rousselet.
Lors de la naissance de sa seconde fille en 1806, J.F. CONSCIENCE se déclare Luthier et professeur à l’école des Arts et Métiers. Les témoins à cette naissance sont tous les deux compagnons tourneurs : Jean François GUYOT (21 ans) et Théodore GODET (22 ans), « cousin de l’enfant ». qui sera facteur d’instruments à vent et marchand tabletier à Reims.
Cette deuxième fille, Augustine Souvine CONSCIENCE épousera en 1828 son cousin germain Jean François TOURNAFOTTE, fils de la sœur de Jean François CONSCIENCE, Catherine CONSCIENCE  et de François Claude TOURNAFOTTE, militaire à la retraite.
A cette date Jean François CONSCIENCE se déclare marchand tabletier. Théodore GODET est de nouveau témoin et se déclare marchand tabletier à Reims.
Jean François CONSCIENCE est décédé à Chalons le 17 septembre 1829 à 65 ans rue Croix des Teinturiers.
Théodore GODET est né le 22 janvier 1784 à Baudément dans la Marne. Son père Pantaléon GODET était voiturier. Cousin de Rose GAROLLE, l’épouse de Jean François CONSCIENCE (1764-1829)  il est témoin en 1806 à la naissance d’Augustine CONSCIENCE, leur deuxième fille. Il se déclare alors compagnon tourneur et devait travailler avec son cousin
Il est également témoin au mariage d’Augustine CONSCIENCE avec Jean François TOURNAFOTTE en 1828, et est présenté comme « Beau cousin germain de l’épouse ». Il est à cette date Marchand Tabletier à Reims.
Marque de Théodore GODET. Flûte 5 clés argent collection RP.
Il avait épousé avant 1819, Marie Elisabeth PION. Ils ont eu une fille Désirée Virginie GODET né en 1819 et décédée à l’âge de 2 ans en 1821.
En 1819 à la naissance de sa fille il se déclare tabletier et habite au N° 3 pavé d’Andouilles à Reims. En 1821, il se déclare tourneur et habite N° 5 du Cadran Saint Pierre à Reims. Ils n’auront pas d’autre enfant.
Signature de Théodore GODET.

Détails flûte 5 clés.
On les retrouve en 1836 où ils habitent le premier canton de Reims, tabletier il travaille avec un « garçon tabletier » Isidore Feron. Puis en 1841 au n° 12 rue des Cadrans Saint Pierre.
Il décède à 68 ans le 16 novembre 1852 au n° 2 rue Saint Etienne.


Flûte 5 clés de Théodore GODET.


jeudi 8 mars 2012

La famille KELLER facteurs d'instruments de musique à vent à Strasbourg (1710-1833).



Première marque de l'atelier KELLER vers 1765
attribuable à Jean III KELLER. (Flûte 1 clé : David Shorey)
Depuis très longtemps nous souhaitions faire le point sur cette famille strasbourgeoise de tourneurs et de facteurs d'instruments, importante pour l'histoire de la facture instrumentale en Alsace. Nous souhaitons tout d'abord remercier ceux qui ont contribué à la réalisation de cet article : Jean JELTSCH, Blanche DUCHATEL et l'équipe de génialegenealsace pour la traduction d'actes illisibles en "allemand pointu", David SHOREY, José Daniel TOUROUDE.
Pour ceux qui souhaiteraient se plonger dans la généalogie de ces facteurs alsaciens, nous avons publié sur Généanet toutes nos données ainsi que la totalité des actes originaux concernant la famille KELLER et BÜHNER.

http://www.geneanet.org/profil/?source=rpierre2&lang=fr&rech=KELLER&rech1=KELLER&place=Strasbourg%2C67000&subregion=f67&region=als&country=fra&ressource=arbre


Marque des KELLER vers 1780. (clarinette collection N.C.)
Atelier créé par Johannes (Jean) II Keller, qui en tant que tourneur sera admis dans la corporation des charpentiers (Zunft Zimmerleute) en 1736. Il est né le 15 juin 1710 à Strasbourg, son père  Johann I Wolff Keller était remueur de blé (Kornwerfer) et sa mère Marie Ursula PSOOR. Il épousa Marie Salomé Schneider, fille d’un tourneur,  le 7 novembre 1736 à Strasbourg et aurons trois fils : Jean III Keller, Isaac Keller, Jean Philippe Keller. Il est décédé le 25 janvier 1778 à Strasbourg à l’âge de 68 ans. Ses trois fils étaient témoins le jour de son décès.
Dans tous les actes que nous avons trouvés sur lui il se déclare : « Dreher » « Dräher », « Holzdreher », c’est-à-dire tourneur ou tourneur sur bois, mais jamais fabricant d’instruments.

Signature de Jean II KELLER à son mariage 1735.

Jean III Keller : Facteur d’instruments est né le 14 décembre 1737 à Strasbourg. Il épousera le 7 août 1765 à Strasbourg, Marguerite Salomé Baldner (1738-1808), fille de Daniel Baldner, chaudronnier à Strasbourg. La famille Baldner était une famille importante de Strasbourg, implantée depuis le XV° siècle, appartenant à la « tribu » des pécheurs. Le grand père de Daniel Baldner était Hans (Johann) Jacob Baldner (1606-1683) célèbre facteur d’orgues qui travailla à la cathédrale et réalisa l’orgue de Bouxwiller en Alsace.
Signature de Jean III KELLER à son mariage en 1765.

A son mariage en 1765, Jean III Keller se déclare : « faiseur d’instruments
(de musique) » (Instrumentenmacher) et tourneur d’art et sur bois (Kunst und Hohldreher). Même s’il a travaillé avec son père jusqu’en 1778, il a dû réaliser les instruments de musique qui portent la marque à « la fleur de lys », puisqu’il est le seul dans sa période d’activité (1765-1785) à se déclarer « Instrumentenmacher », notamment aux naissances de ses quatre enfants.
Leurs enfants sont Marguerite Salomé Keller (1766-1769), Marguerite Barbe Keller (1770-), Marie Madeleine Keller (1768-1834) qui épousera Gabriel Sébastien Bühner, Jean Keller IV (1776-1833). L’atelier ne fabriquait pas seulement des instruments de musique ; les trois frères devaient travailler ensemble jusqu’au 6 juillet 1785 à la mort de Jean III Keller, déclaré « Dräxler Meister » Maître tourneur dans l’acte de décès.

Isaac Keller est né le 26 janvier 1740 à Strasbourg. A la mort de son frère en 1785 (Jean III Keller), il est reçu à son tour, comme facteur d’instruments dans la corporation des charpentiers. Il restera célibataire. Il meurt le 11 juin 1802 à Strasbourg (22 prairial an X) de fièvre scarlatine. Les témoins sont un voisin Philippe Jacques Schmidt (68 ans homme de lettre) et son neveu Jean IV Keller, 25 ans facteur d’instruments.
Signature d'Isaac KELLER au décès de son père en 1778.
Jean Philippe Keller est né le 10 novembre 1743 à Strasbourg. En 1770, à la naissance de sa nièce Marguerite Barbe Keller, il se déclare « Instrumentenmacher ». C’est lui qui achète, le 14 avril 1791 par adjudication et pour 6050 livres, la maison du 70 rue du Marché aux Vins. Le 22 octobre  1793, il demande de s’acquitter de sa dette plus rapidement. Il décède à 51 ans le 25 avril  1794 (6 floréal an II) à Strasbourg (faiseur d’instruments). Les témoins sont Isaac Keller et un voisin tourneur Jean Georges Schantz.
(1er juillet 1794,13 messidor an II, inventaire après décès Jean Philippe Keller d’une maison 70 place de la Fraternité). Source Jean Jeltsch                                    

Signature de Jean Philippe KELLER au décès de son père en 1778.
De 1782 à 1791 l’atelier des Keller était situé place Dauphine ; à partir de 1791 il se situait au 70 Vieux Marché aux vins. Vers 1790 Jacques François Simiot (1769-1844), célèbre facteur lyonnais, passa une année dans l’atelier : « Chez Messieurs Keller et Bühner facteurs d’instruments à Strasbourg. J’y travaillai environ un an. L’ouvrage cessa : la France était en mouvement ». (Biographie autogr. de Simiot adressée à Pallu vers 1827, MS Dôle).
Gabriel Sébastien Bühner (1753-1816) arrivé en Alsace vers 1777, avait épousé Marie Madeleine Keller le 21 avril 1789. A son mariage il se déclarait « Instrumentenmacher » et travaillait dans l’atelier des Keller. A quel moment s’est-il associé aux Keller, pour créer la société Bühner et Keller, nous ne pouvons le dire actuellement. Jean IV Keller futur associé dans la Maison Bühner et Keller, n’avait que 18 ans, en 1794, à la mort de son oncle Jean Philippe Keller et c’est à lui qu’a été vendu, à la mort d’Isaac Keller, la maison du 70 rue du Marché aux Vins, le 20 août 1802 (2 fructidor an X) pour 8 550 Frs.
Comme la période révolutionnaire avait été très défavorable au commerce strasbourgeois, il est probable que la Maison Bühner et Keller a été créé en 1802 à la mort d’Isaac Keller. Les deux beaux-frères, Gabriel Sébastien Bühner et Jean IV Keller était associés.
Jean IV Keller est né le 3 décembre 1776 à Strasbourg. En 1802 il se déclare facteur d’instruments.
Le 26 août 1807, il épouse Ursule Daubenberger fille d’un cultivateur de Truchtersheim. Ils reconnaissent, en présence de G.S. Bühner leur fille Marguerite Salomé Keller née en 1807. Une seconde fille naîtra en 1809 : Elisabeth Joséphine Keller. A la mort de sa première épouse il se remarie le 1 août 1815 avec Sophie Gros. Dans le contrat et l’inventaire d’apport au mariage, Jean Keller déclare un tiers du fond de commerce « Bühner et Keller ».
Signature de Jean IV KELLER.
De ce deuxième mariage naîtrons deux enfants : Barbe Frédérique Keller (1829-1866) qui restera célibataire et un fils Jean V Keller (1833) qui ne vécut que quelques jours.   
Flûte 1 clé et trois corps de rechange portant
 la marque à fleur de lys. (David SHOREY)
A la mort de Gabriel Sébastien Bühner le 30 novembre 1816, c’est son fils Jean BÜHNER (1794-1844) qui entra dans l’association. Le 18 avril 1829, la maison du 70 rue du Marché aux Vins est vendue pour 8950 Frs à Mademoiselle Marie Jeanne Delfosse. Jean IV Keller continuera d’habiter cette maison jusqu’à son décès le  10 juin 1833 à 56 ans.
Dans l’inventaire des marchandises, outils, dettes et créances, l’on trouve que le commerce de Jean BÜHNER  était mené conjointement avec Jean IV Keller, car il possédait la moitié du fonds de commerce. (Instruments et autres marchandises pour un total de 1755,10 frs).

Flûte 1 clé et quatre corps de rechange portant la marque
 aux angelots trompettistes. (David SHOREY)


Clarinette en Ut à 5 clés. (Collection N.C.)
Clarinette en Si b à 5 clés vers 1780. (Collection R.P.)


Clarinette en Ut à 9 clés (5+4) vers 1790 (Collection R.P.)
Etienne Ozi (1754-1813), célèbre bassoniste, premier basson à la chapelle du roi, puis à la chapelle impériale et à l’orchestre de l’opéra, professeur au conservatoire de Paris précisait, dans sa « Méthode nouvelle et raisonnée pour le basson », publiée en 1788, qu’il possédait un basson de Keller à Strasbourg, instrument qu’il recommandait.
Basson en érable et clés laiton.
(Swedish National Collections of Music, Stockholm)
Une société existait entre les deux frères Isaac et Jean Philippe Keller, « Frères KELLER ». Cette société a-t-elle commencée en 1785 à la mort de Jean III Keller ? En tout cas elle existait en 1791, puisque les deux frères (Isaac et Jean Philippe) possédaient chacun la moitié de la maison de la rue du Marché aux Vins. En 1794 à la mort de Jean Philippe, Isaac continua d’occuper cette maison du 70 rue du Marché aux Vins.

Jean Bühner continua de diriger la Maison Bühner et Keller jusqu’à sa mort qui intervint le 12 mai 1844 à Strasbourg. La société Bühner et Keller a été reprise par Charles Finck, cousin de Jean Bühner. Jean Chrétien Roth reprendra la société en 1850.
Flûte à une clé et trois corps de rechange
signée "Frères KELLER".

jeudi 16 février 2012

Jean François SALOMON (1781-1831) inventeur de l' Harpolyre, à Besançon.


Le XIX° siècle, avec l'avènement de la musique romantique voit se développer l'intérêt pour la guitare. De nouveaux virtuoses de l'instrument, comme Fernando SOR se produisent dans toute l'Europe. Certains inventeurs cherchent à développer la guitare classique, c'est le cas de J.F. SALOMON et de l' Harpolyre qui malheureusement ne rencontra pas le succès qu'il escomptait.

Harpolyre de J.F. SALOMON. (Collection J.M. Renard)
Jean François SALOMON est né le 22 mars 1781 à Besançon. Son père Louis SALOMON était maître boulanger et sa mère était Louise GRESSET. Il devint orphelin assez rapidement, puisqu'il perdit son père, veuf de son épouse en 1786.

Signature de J.F. SALOMON;
On ne sait pas comment il se forma à la musique, mais il était déjà professeur de musique à son mariage avec Jeanne Bégnine CHALON, la fille d'un serrurier de Besançon le 12 avril 1809.
Marque de l' Harpolyre de la collection J.M. Renard.
Ils eurent plusieurs enfants : Françoise Catherine SALOMON (1810), Claude Etienne SALOMON (1811), Charles Henry SALOMON (1812), Sophie Antoinette SALOMON (1817), Christine Marie SALOMON (1822), Augustine Sophie SALOMON (1825).
Marque au fer d'une Harpolyre du Musée de La Villette.
En 1825, il est professeur de musique, Maître de chapelle à l'église métropolitaine de Besançon, Professeur de guitare et de chant à l'école polytechnique. Le 22 août il demande un brevet d'invention pour une guitare à 3 manches et 21 cordes qu'il dénomme Harpolyre (Arpolyre).
Fixation des 21 cordes sur l'Harpolyre de la collection J.M. Renard.

Cette guitare comportait 6 cordes sur le manche du milieu, qui étaient accordées comme une guitare ordinaire. Le manche de gauche était destiné aux basses et comportait 7 cordes accordées par demi-tons depuis le mi du bas jusqu'au la grave de la contrebasse. Le manche de droite était le manche diatonique et comportait 8 cordes (ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut).

Harpolyre d' André Augustin CHEVRIER. (Métropolitan Muséum de New York)
Mais visiblement sa description de l'instrument et ses explications ne suffirent pas au jury, qui demanda des dessins et explications supplémentaires. Puis des erreurs d'envois de courriers retardèrent la décision, ce qui désolait le pauvre SALOMON qui avait engagé ses économies dans la fabrication d'instruments.

Lettre du 10 février 1829.

" Jean François Salomon, Maître de Chapelle de l'église métropolitaine de Besançon, inventeur d'un instrument nommé Harpolyre, sollicite de votre excellence un brevet d'invention depuis le 22 août 1828. Il a rempli toutes les formalités qu'exige cette demande. Il a eu déjà eu deux fois l'honneur de vous supplier de vouloir bien lui faire expédier ce dit brevet et pourtant il gémit toujours dans l'attente ; il est privé après avoir épuisé toutes ses ressources pécuniaires à faire fabriquer de ces instruments, d'en continuer la fabrication et il a tout à craindre que les ouvriers qu'il a employé ne deviennent contrefacteurs si ce brevet qu'il attend depuis prés de six mois ne vient pas lui donner le droit de les poursuivre". (Dossier de l'INPI)

Dessin complémentaire fournit lors de sa demande de brevet, montrant les différentes utilisations des trois manches et le branchement avec le piédestal résonnateur. (INPI)
Finalement il obtiendra son brevet le 19 mars 1829. Ses instruments étaient réalisés par un luthier né à Mirecourt : André Augustin CHEVRIER qui s'installa ensuite à Bruxelles.

Pour faire connaître et développer son invention, il s'installa à Paris chez le "Sieur DUCOUDRAY rue Saint Thomas d'Aquin à Paris". Il commercialisa une méthode pour Harpolyre et demanda à Fernando SOR (1778-1839), le guitariste, né à Barcelone, le plus célèbre du moment d'écrire de la musique pour Harpolyre.
Fernando SOR.


Le 19 septembre 1829 il demande un nouveau brevet pour un "Instrument propice à accorder les instruments à cordes" qu'il nomme accordeur. Il s'agit d'un système à lames métalliques sonores, accordées sur l'échelle chromatique, associé à un mouvement d'horlogerie à ressort qui permet de faire vibrer la note choisie aussi longtemps que souhaitez. Mais là également il rencontre des difficultés et il n'obtiendra son brevet que le 18 mai 1830.


Dessin de l'accordeur. (INPI)
L'Harpolyre n'a pas eu de succès, car aucun artiste ne voulait se livrer à l'étude des difficultés liées à l'utilisation des trois manches. "Après avoir fait inutilement un long séjour à Paris pour y faire adopter ses inventions J.F. Salomon retourna à Besançon, où la fatigue de ses efforts et le chagrin d'avoir dissipé en essais le fruit de ses travaux et de ses économies, le conduisirent au tombeau à l'âge de 45 ans (49 ans)"
François Joseph FETIS.
Harpolyre de J.F. Salomon (Musée de la Musique Paris)

Jean François SALOMON est décédé à Besançon à 49 ans le 19 février 1831.

Cette Marche funèbre pour Harpolyre écrite par Fernando SOR était prémonitoire.