jeudi 9 juin 2016

Découverte d'un nouveau facteur d'instruments de musique de Strasbourg : François Henri FLACH (1739-1794).


Marque "Fleur de lys/ petite fleur de lys FLACH petite fleur de lys
A Strasbourg/Fleur de Lys/4/C"
Depuis vingt ans que je collectionne les instruments de Strasbourg, je pensais avoir répertorié l'ensemble des facteurs d'instruments de musique de la capitale alsacienne. Et puis "un avisé antiquaire, mais néanmoins ami" a eu la gentillesse de me prévenir de la découverte de cette clarinette en ut à cinq clés carrées, en buis, baguée ivoire. Qu'il en soit ici remercié.
François Henri FLACH est sans doute né à Strasbourg vers 1739, car les FLACH sont nombreux à Strasbourg et implantés depuis le 17 ème siècle. Il avait épousé Anne Marie Salomé HÜGEL (1748-1814) et avait cinq enfants : Anne Marie FLACH née en 1766 à Strasbourg et qui épousera un musicien strasbourgeois François Antoine WIENNER, Philippe Louis FLACH né en 1771, qui sera d'abord musicien, puis tourneur et facteur d'instruments et qui décédera à 41 ans sans doute de tuberculose (Phtisie pulmonaire) le 17 novembre 1812,
Signature de Louis FLACH (1771-1812)
Joseph Antoine FLACH né le 29 mars 1776 qui sera musicien, François Frédéric FLACH né le 3 mars 1782 qui sera d'abord tonnelier puis ensuite brasseur et Henri Otton FLACH né le 20 février 1784 peintre doreur.
Clarinette en Ut
de FLACH
(Collection RP)
Clarinette en Sib/La
de KELLER
(Collection RP)

En 1789 Henri François FLACH (1739-1794) tourneur et propriétaire habitait 3 rue du Chaudron à Strasbourg. Il appartenait à la "Tribu" (Zunft) c'est à dire à la corporation des charpentiers (Zimmerleute). A Strasbourg existaient 20 tribus ou corporations regroupant différents métiers ; pour celle des charpentiers, elle regroupait les charrons, menuisiers, tourneurs, vanniers, facteurs d'orgues et d'instruments. Le fait d'appartenir à cette Zunft, signifiait que notre facteur était établi dans son statut de bourgeois et de tourneur, facteur d'instruments. Il est décédé le 17 juillet 1794 à 55 ans.

La facture de notre clarinette en Ut est très proche d'une clarinette de KELLER de notre collection.
Le bec et le barillet sont rapportés et n'appartiennent pas à l'instrument. Les fleurs de lys de la marque signifient qu'elle a été fabriqué avant 1792, date d'abolition de la royauté en France.
Keller
Flach

Le pavillon est cerclé, sans doute pour consolidé une fente.
Flach 

Keller










Keller



Flach

Keller
Flach





















De nombreux points communs (Fixations des ressorts sur les grandes clés, système de bascule des clés, bulbe, facture....) suggèrent que Flach devait travailler pour les Keller, ce qui expliquerait la rareté des instruments portant cette marque. Peut-être que cet article permettra la découverte de nouveaux instruments.
En 1794 la Veuve "Luthiére 49 ans vivait avec ses deux enfants Anne Marie (28 ans) et François (13 ans) au 3 rue du Chaudron". Elle est décédée le 9 mai 1814 à 66 ans, 40 rue des Hallebardes.









mercredi 6 avril 2016

Prestel fabricant de pianos à Strasbourg de 1820 à nos jours.

Marc Antoine Prestel est né  en 1776 à Bischlags près de Kempten  dans le sud de la Bavière. Son père Joseph Prestel était cultivateur.  Il était arrivé vers 1800 avec deux de ses frères et étaient installés dans le quartier du Neuhoff (Banlieue de Strasbourg). Marc Antoine Prestel  s’installe  à Strasbourg en  juin 1817 et se déclare compagnon menuisier. 
Signature de Marc Antoine Prestel (1776-1841)
Son frère aîné Joseph François Prestel (1775-1823) aussi compagnon menuisier, est arrivé à Strasbourg en mai 1816.  L’aîné des trois frères  Joseph Prestel restera célibataire  et décédera  le 22 mars 1823 à 48 ans. La même année Marc Antoine Prestel  épouse le 24 juillet 1823 à Strasbourg Marie Anne Theiller (1782-1829), la fille d’un marchand de fromage.  Justin Prestel  (1778-1835) le plus jeune frère exercera le métier de charpentier au 36 bis Neuhoff ; il avait épousé Marie Anne Hornecker (1785-1839), d’Illkirch-Graffenstaden et auront  onze enfants dont Antoine Prestel (1810-1883) qui prendra la suite de son oncle Marc Antoine Prestel.

Le plus jeune des trois frères Justin Prestel décède le 26 avril 1835 au Neuhoff, Marc Antoine Prestel, facteur de clavecins et Antoine Prestel, facteur de clavecins sont témoins.  
Sa première épouse étant décédée en 1829, Marc Antoine Prestel se remarie le 22 mai 1832 avec Catherine Bader (1796-1866). Ils auront trois enfants dont deux garçons qui seront facteurs de pianos dans l’entreprise : Antoine Joseph Prestel (1834- ?) et Xavier Prestel  (1838-1866). Marc Antoine Prestel est  décédé à Strasbourg le 29 septembre 1841 au 10 rue des Echasses, à Strasbourg.
Signature d’Antoine Prestel (1810-1883).
Le 29 mai 1845 Antoine Prestel  Neveu (1810-1883) épouse Catherine Bader (1796-1866), la veuve de son oncle. C’est donc Antoine Prestel  Neveu qui reprend l’affaire aider par ses « beaux enfants », Antoine Prestel fils (1834- ?), Xavier Prestel (1838-1866) et par ses frères, Michel Prestel (1813-1871), qui restera célibataire, Georges Prestel(1824- ?),  qui se mariera deux fois. Ils exerceront d’abord au 10 rue des Echasses puis ensuite au N°  3 Impasse des Echasses. 

Signature D’Antoine Joseph Prestel Fils.
En 1878, Antoine Prestel Neveu prend sa retraite et c’est Antoine Joseph Prestel fils (1834- ?), le fils du fondateur de la maison, qui prend le relais. Il se marie le 29 octobre 1863 à Strasbourg avec Marie Joséphine Boos et auront quatre enfants. Antoine Prestel Neveu décède le 9 septembre 1883 au 3 impasse des Echasses. 
Annonce publicitaire en 1900.
En 1898 Antoine Joseph Prestel fils fait construire  une maison 6 rue des Juifs  Au-dessus du porche d'entrée sont présentes dans la pierre les initiales d’Antoine Prestel, et  sous le fronton curviligne se trouve une lyre.
Initiales d'Antoine Prestel dans l'immeuble du 6 rue des Juifs.

Immeuble du 6 rue des Juifs.
L’entreprise continuera à vendre des pianos tout au long du XX° siècle  et continue actuellement avec Michel Ades (Prestel) qui va bientôt prendre sa retraite.



Chronologie :
1809 : Prestel 36 bis Neuhoff.
1816 : François Joseph Prestel, compagnon menuisier arrive en mai à Strasbourg
1817 : Marc Antoine Prestel, compagnon menuisier arrive en juin à Strasbourg.
1818 : Les deux frères habitent 10 place Etienne.
1819 : Ils déménagent le 11 novembre 16 fossé des Tanneurs.
1823 : Marc Antoine Prestel, menuisier déménage le premier avril pour le 11 rue de la Croix.
1825 : Marc Antoine et sa femme déménagent le 4 août 1825 au N°10 rue des Echasses.
1836 : Marc Antoine Prestel, fabricant de Forté pianos et menuisier, 10 rue des Echasses, à Strasbourg. (72)
1838 à 1852 : Prestel, fabricant de pianos à Strasbourg. (75)
1846 : Ant. Prestel, 10 rue des Echasses, à Strasbourg. Facteur de pianos en tous genres. (90)
1850-1851 : Prestel, fabricant de Pianos, 10 rue des Echasses, à Strasbourg. (76)
1854 : Ant. Prestel, 10 rue des Echasses, à Strasbourg. Facteur de pianos droits, carrées et à queue. Expédition en France et à l’étranger. (92)
            Georg Prestel, accordeur de pianos, 10 rue des Echasses à Strasbourg. (92)
1859 : Annonce : « Pianos, spécialité de pianos droits et à cordes obliques. A. Prestel 3 impasse des Echasses à Strasbourg. Envoi en France et à l’Etranger ». (114)
Annonce vers 1860.
1860 : Ant. Prestel, 3 impasse des Echasses, à Strasbourg. Facteur de pianos droits, carrées et à queue. Expédition en France et à l’étranger. (93)
1860 : Prestel, 3 rue des Echasses à Strasbourg,  participe à l’exposition universelle de Besançon et présente des pianos en palissandre.
1861 : Prestel de Strasbourg,  participe à l’exposition universelle de Metz et obtient une mention honorable pour  ses pianos droit. (141)
1867 : Prestel médaille de Bronze à l’exposition de Paris.
1878 : A. Prestel, facteur de pianos, 3 impasse des Echasses, à Strasbourg. (94)
1880 : Jos. Ant (le fils de Marc Antoine), Prestel, facteur de pianos, 3 Stelzengässchen, à Strasbourg. (95)
1886 : A. Prestel, facteur de pianos, 3 Stelzengässchen, à Strasbourg. (80)
1895 : Dans la liste à Strasbourg. (1)
1898 : A. Prestel, fabricant de pianos 6 rue des Juifs.
1901 : A. Prestel, 6 rue des Juifs, à Strasbourg. Pianos et Harmoniums. (54)
1930 à 1958 : 6, rue des Juifs à Strasbourg. Pianos et Harmoniums. Fondé en 1820. (55)
2015 : Pianos Ades-Prestel à Ingersheim (Haut Rhin)
Annonce 1920.











vendredi 18 mars 2016

Georges Gaspard LINDEMANN (1783-1846) facteur Strasbourgeois.

Marque LINDEMANN d'une flûte.
Georges Gaspard LINDEMANN est né le 29 juillet 1783  à Empfershausen (comme Gabriel Sébastien BÜHNER) dans le duché de Francfort. Il est le  fils du charpentier Johann Kaspar LINDEMANN décédé à Empfershausen le 21 mars 1806 et de Barbara BÜHNER ( Soeur de G.S. BÜHNER). Il épouse le 5 novembre 1814 à Strasbourg Elisabeth LEYER (1792-1856) fille de Chrétien LEYER, saucissier à Strasbourg et de Marie Barbe KNOLL
Signature de Georges Gaspard LINDEMANN.
Au cours de ce mariage ils reconnaissent trois enfants : Joséphine LINDEMANN née le 17 mars 1810 à Strasbourg, Elisabeth LINDEMANN née le 23 décembre 1812 à Strasbourg, et George Gaspard LINDEMANN(1814-1815) mort à 13 mois. Suivront : Salomé Caroline LINDEMANN née le 18 septembre 1818 à Strasbourg, qui épousera un capitaine polonais réfugié, Louis Koreva ; Julie LINDEMANN née le 29 décembre 1823 à Strasbourg, Sophie LINDEMANN née le 28 novembre 1823 à Strasbourg, Amélie LINDEMANN née le 20 avril 1827, décédée à 3 mois et George Victor LINDEMANN née le 29 septembre 1833 à Strasbourg.
Flûte à 4 clés de LINDEMANN. (Collection René PIERRE)
George Gaspard LINDEMANN est décédé le 1 mai 1846 à 62 ans d’une ascite au N° 2 du quartier Bleu à la Robertsau. Son épouse Elisabeth LEYER est décédée le 18 mai 1856 à 63 ans au N° 25 de la rue des Veaux à Strasbourg.
Basson à 8 clés. (Collection M. Sigal). 

Chronologie :
1818 : Lindemann, facteur d’instruments N° 10 rue du Jeu des Enfants à Strasbourg.
1822 : Lindemann, faiseur d’instruments N° 59 rue du Jeu des Enfants à Strasbourg.
1824 : Gaspard Lindemann (instruments à vent) rue des Aveugles à Strasbourg. (91)
1830 à 1836 : Lindemann, facteur d’instruments de musique. (75)
1836 : Lindemann, faiseur d’instruments, 16 rue de la Robertsau à Strasbourg.
1846 : Lindemann, facteur d’instruments N°2 du quartier Bleu à la Robertsau.

  • Basson 8 clés (collection William Petit) 
Il existe que très peu d'instruments de ce facteur : voilà ceux que nous avons répertorié
Flûte  en ébène et bagues ivoire à 7 clés rondes en argent signé Lindemann à Strasbourg. (vente Sotheby’s du 23 11 1989 n°32)
Basson. (dossier Alsace n°117, Strasbourg) 
Basson 8 clés (Musée Richard Wagner à Tribschen). 


vendredi 15 janvier 2016

De passage à Strasbourg, Henri Jacob KLEPFER facteur de pianos et grand voyageur.

Jacques Henri Klepfer ou Kloepfer  n’est pas un facteur de pianos strasbourgeois, mais il est resté quelques  années à Strasbourg. Il était né à Winnenden dans le royaume de Würtemberg en Allemagne le premier février 1792. Son père Philippe Henry Kloepfer était fabricant d’étoffes en laine dans cette ville. 
Signature d'Henry Klepfer.
Il fait son apprentissage à Vienne, vit à Lyon dès 1821 et ce déclare musicien et facteur de pianos à son mariage le 9 mai 1821 avec Marie Anne Dufaut  la fille d’un officier de santé de Lyon, Jean Dufaut. Ils ont eu une fille Catherine Klepfer née le 16 février 1822 et habitaient au N°20 place Louis le Grand au deuxième étage un appartement et un espace commercial où travaillaient trois ouvriers.
Annonce parue dans « Le précurseur de Lyon » le 18 décembre 1821. (Source Lieve Verbeeck)
Il demande un brevet de 5 ans (9 décembre 1823), qu’il obtient le 31 janvier 1824 pour « un mécanisme à échappement  donnant une répétition très rapide ». (Constant Pierre)

 "Klepfer-Dufaut, de Lyon, imagina, en 1824, un nouveau mécanisme à échappement pour les pianos, à l'aide duquel  le marteau agissait avec une très-grande vitesse et n'exigeait pas un grand enfoncement de la touche; les cadences, sur cet instrument, s'exécutaient avec beaucoup de facilité."  (Organographie : La facture instrumentale depuis 1789 jusqu'en 1857 inclusivement : Pontécoulant).
Dessin du brevet de 1824.
Le 10 février 1826 il obtient un brevet de 10 ans pour un « Forte-piano de nouvelle construction » « dont les cordes sont attachées au couvercle » (C. Pierre)
Dessin du Brevet de 1826.
En juillet 1826 il quitte Lyon pour Paris.
Journal des annonces judiciaires de Lyon du 13 juillet 1826 (Source Lieve Verbeeck)
En 1827 installé à Paris, il participe à l’Exposition et reçoit une médaille de Bronze. 
Cette même année il s’associe à Henri Herz (1800-1888) grand pianiste virtuose né à Vienne et qui avait décidé de créer comme Pleyel une fabrique de pianos, malheureusement « plus occupé de sa carrière de virtuose que de celle de facteur, à laquelle il  n’était nullement initié, il dut se reposer sur son associé, de la gestion de la maison, qui fut désastreuse. Herz rompit avec Klepfer  en 1829 et refonda une autre société la même année ». (C. Pierre)
Henri Herz (1800-1888)
En 1829 on retrouve H. Klepfer installé au N°4 du boulevard Poissonnière. Puis de 1830 à 1832 au N°1 du même boulevard. 
Marque d’un piano pont du musée de la musique de La Villette.(vers 1829)
A partir de 1834, au N°1 boulevard Montmartre il est établi comme marchand de pianos ; son nom est suivi de l’initiale K, à quoi correspond cette initiale ? Nous n’en savons rien. 
Marque d'un piano vers 1834. (Source Lieve Verbeeck)
Il a dû exercer à cette adresse jusqu’à 1840 (Il n’apparait plus dans les annuaires Bottin à partir de cette date), mais il a sans doute beaucoup  voyagé dans ces années, car on le retrouve à Mulhouse  en août 1834 (source Gérard/inv. 200. « Maker s of the pianos » vol 2 Martha Novak Clinkscale). 
Piano pont de Klepfer. (Musée de La Villette à Paris)
Il arrive à Strasbourg le 25 juin 1835 et habite au 4 rue du Bouc ; il repart le 25 juin 1835 pour Stuttgart en Allemagne. (Source archives de Strasbourg). Il est témoin au second mariage d’Henri  Mathieu, facteur de pianos à Strasbourg le 13 octobre 1838. Ce facteur devait travailler pour Michel Aiple (1774-1854) fabricant de pianos à Strasbourg.
D’autre part son mariage est annulé le 2 août 1836 à Lyon : « …d’après une ordonnance du roi de Wurtemberg du 4 septembre 1808. Le mariage est nul et nul effet ». (Archives de Lyon)
Piano pont de Klepfer. (Musée de La Villette à Paris)
On perd sa trace après ce passage à Strasbourg, mais Martha Novak dans son livre « Makers of the pianos » signale un facteur de pianos qui pourrait être notre homme. 
Brevet 8002 de 1851 à Cincinnati.
 Henri Klepfer aurait émigré aux États Unis à Cincinnati où il aurait obtenu un brevet (N°8002) le 25 mars 1851 pour un système de cordes croisées.

Chronologie :

1821 : Henri Klepfer facteur de pianos, Place Louis Legrand à Lyon.
1822 à 1826 : Henri Klepfer Dufaut, facteur de pianos N°20 Place Louis le Grand.
1827 : Henri Klepfer et compagnie N° 5 rue du Faubourg Poissonnière à Paris.
1829 : Henri Klepfer, breveté 4 bd Poissonnière.
1830-1832 : Klepfer, brevet d’importation et de perfectionnement, N°1 Fg Poissonnière. B 1827.
1834 : Klepfer (K), brevet du Roi, du roi de Wurtemberg pour pianos droits et carrés, vend, loue et échange toute espèce de pianos, boul. Montmartre N°1. B 1827 pour pianos carrés.
1836-1840 : Klepfer (K.), boulev Montmartre, 1, B 1827.
1835 : Henri Klepfer, facteur de Forte Pianos, 4 rue du Bouc, à Strasbourg. (72)
1838 à 1842 : Klepfer, Forte pianos, à Strasbourg. (75)
1851 : Henri Klepfer, accordeur à Cincinnati.

Et pour les amoureux de la Bonne musique, une "petite pépite".


Pour ceux qui s'intéresse au piano rendez vous sur le formidable site de Lieve Verbeeck.