lundi 14 décembre 2015

Pierre LABRO (1744-1812) facteur d'instruments de musique en bois. De Saint Cirq Lapopie à Sedan.

Ce facteur très intéressant nous fait découvrir le petit village de Saint Cirq Lapopie dans le Lot, berceau de nombreux tourneurs spécialistes de la fabrication de boutons et de robinets pour les tonneaux du bordelais.
Marque 1 de Pierre LABRO, la plus ancienne.
Signature de Pierre LABRO.
Pierre LABRO est né en 1744 dans un petit village du Lot, Saint Cirq Lapopie. Son père Pierre LABRO était moulier (moullier), c’est-à-dire fabricant de moules pour boutons, une des spécialités de ce village.
Saint Cirq Lapopie dans le Lot.
« Le bourg médiéval de Saint-Cirq Lapopie, qui compte 13 monuments historiques est l’un des plus beaux villages de France. Accroché sur une falaise à 100 mètres au-dessus du Lot, Saint-Cirq Lapopie constitue l’un des sites majeurs de la vallée du Lot. Les rues, où s’ouvrent des arcades d’échoppes, conservent le souvenir des activités artisanales qui firent la richesse de Saint-Cirq. Peaussiers de la rue de la Pélissaria, chaudronniers de la rue de la Peyrolerie et surtout tourneurs sur bois ou roubinetaïres, dont les ateliers produisaient les moules à boutons, écuelles, gobelets et robinets de tonnellerie ».  « L’industrie du tournage sur bois vit le jour au XVème siècle après la Guerre de Cent ans, lorsqu’on s’est aperçu que le bois du Causse fournissait une large variété de ce cher matériau. Son succès est tel, qu’en 1810, Saint-Cirq Lapopie comptait 38 tourneurs sur bois destinés à créer principalement des robinets de tonneaux à vins, transportés par la suite en gabare sur le Lot, jusqu’à Bordeaux ». (Site de Saint Cirq Lapopie)
Planche de l’encyclopédie concernant les Mouliers.
« La vignette représente la boutique d'un boutonnier faiseur de moules, avec des ouvriers occupés à différentes manœuvres. Fig. 1 ; 2. Deux ouvriers qui scient des morceaux de bois d'où l'on emportera les moules avec les perçoirs. 3 & 4. Ouvrier & ouvrière qui font des moules de bouton à l'archet. 5, 6 & 7. Ouvriers au tour. Bas de la Planche. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7. Perçoirs, les uns pour pratiquer au moule de bouton les différents trous dont il doit être percé; les autres pour lui donner en même temps, soit en - dessus, soit en - dessous, ses différentes formes concaves ou convexes etc... . ».
Roubinotaires de Saint Cirq.
Tous les membres de la famille Labro travaillaient soit comme mouliers ou tourneurs, donc nous pouvons supposer que Pierre Labro a été formé dans sa famille comme tourneur, avant sans doute de partir pour un tour de France. Nous n’en connaissons pas les étapes, mais il a dû passer  quelques années chez un (ou plusieurs) facteur d’instruments de musique car au vu des instruments conservés, il maîtrisait parfaitement leurs fabrications. On le retrouve à Sedan en 1777 où il se marie avec Marie BOCART. Ils auront au moins 8 enfants dont trois garçons dont deux seront musiciens.
Signature d’Antoine Labro qui signe en ajoutant le nom de son épouse
pour se différencier de ses frères.
Antoine LABRO est né le 18 mai 1779 à Sedan il sera musicien à Sedan et à Charleville ; il se marie à Madeleine D’HIVER en  1800. Ils auront six enfants.
Comme ses frères Alexis Labro ajoute à son nom celui de son épouse.
Jacques Alexis LABRO est né le 27 février 1782 à Sedan et sera musicien dans cette ville et à Charleville. Il épousera Marie Jeanne DUBOIS.
Signature de Charles Nicolas Labro.
Charles Nicolas Labro est né à Sedan le 3 novembre 1783 et sera tailleur d’habits dans cette ville. Il épousera Louise Alexandre Polet la fille d’un aubergiste de Sedan et auront 10 enfants.
Pierre Labro devait être un bon père et grand-père, car il était présent comme témoin à chaque naissance de ses petits-enfants. Il exerça son métier de luthier, facteur d’instruments d’abord place d’Armes à Sedan.
Si l’on regarde les marques des quatre instruments à notre disposition, elles sont toutes différentes, la plus ancienne (à notre avis, donc vous avez le droit de ne pas être d’accord), avant 1789 (Fleur de Lys)  est la marque 1 (voir le début de l’article) : « LABRO/étoile six branches (ou soleil) E6b/fleur de lys/E6b » où la fleur de Lys est entourée par l’E6b ; marque de deux corps de clarinette en La dont nous n’avons pas le corps du bas ni le pavillon donc pas la marque mentionnant Sedan, le barillet sans marque.
Trois parties de clarinette sans clés, manque le corps du bas et pavillon.
 (Marque 1- collection RP)
La marque 2 d’une clarinette en Ut à 5 clés. (Collection Denis Watel- Source « Le livre d’or de la clarinette »). « Fleur de Lys/E5b/Labro/E5b/Toison d’or/E5b/ASEDAN/E5b/ 3 étoiles/soleils 6 branches ». Cette marque doit être avant 1789, mais la toison d’or est venue s’ajouter à la marque.
Marque 2  d’une clarinette en Ut à 5 clés
La marque 3 d’une clarinette en La, à 5 clés de notre collection :« Fleur de Lys/E6b/LABRO/E6B/Toison d’or/A SEDAN ».
Marque 3 d’une clarinette en La à 5 clés. 
La marque 4 d’une flûte à 1 clé de notre collection : « E6b/LABRO/E6b/A SEDAN/E6b/Toison d’or/E6b ». Il n’y a plus de fleur de Lys, donc après 1789.
Marque 4 d’une flûte à une clé
Ces marques mêmes si elles comportent les mêmes signes : Fleur de Lys, Toison d’or….sont variées ; alors est-ce dû à la fantaisie de notre facteur ou est-ce que cela a un sens ? Nous ne pouvons le dire. Peut-être que des spécialistes pourraient nous en dire plus : Alors José, Denis, Jean .....nous attendons vos commentaires.
La seconde adresse de Pierre Labro après 1799 est la rue Maqua au 219.
La rue Maqua en 1900.
Pierre LABRO était un facteur du XVIIIième siècle, on peut le voir à travers certains détails de ses instruments : Ressorts fixés dans le bois et non rivetés aux clés, le bulbe de notre flûte.
Clarinette en La. Détail du ressort d'une Clé.
Patte d’une flûte à 1 clé. (Collection RP)
Certains détails  très spécifiques de ses instruments  permettront peut-être de voir dans quels ateliers il a pu faire son apprentissage : Lyonnais ? Parisiens ? Par exemple cette clé en argent et le bulbe de la flûte ci-dessus, le systéme des tirettes des longues clés de notre clarinette en La, l’encoche d’une clé de cette même clarinette etc….
Si vous avez une idée....ou même plusieurs n'hésitez pas.
Systéme des tirettes des longues clés d’une clarinette en La (Collection RP)
Encoche sur une clé d’une Clarinette en La.
Peu d’instruments  de ce facteur sont connus ; nous en avons décrit quatre. Selon Albert R. Rice il existait  une clarinette alto à six clés dans un musée de Berlin. Mais malheureusement cet instrument a été détruit pendant la seconde guerre mondiale. Mais toujours selon A.R. Rice elle était très proche d’une clarinette d’amour de JEANTET, facteur bien connu de Lyon du musée de la musique de La Villette. 
Jeantet clarinette d’amour à 8 clés. (Collection Musée de la musique de La Villette)
Il existerait un corps anglais dans la collection Samary et une clarinette à 5 clés dans la collection Shackleton.
Pierre LABRO est décédé à 68 ans le 12 mai 1812 à Sedan rue Maqua.
Généalogie Labro. Cliquez pour agrandir.
Nous n’avons pas encore trouvé la descendance d’Antoine Labro ni celle de Jacques Alexis Labro ; leur métier de musicien a fait qu’ils se sont beaucoup déplacés. En revanche celle de Charles Nicolas Labro est parfaitement connue. Parmi ses dix enfants, Charles Nicolas Labro dit Labro Aîné, né le 19 octobre 1810 à Sedan, fera carrière dans la musique. Il étudie la contrebasse au conservatoire de Paris avec Louis François Chaft (1780-1856), professeur au conservatoire de Paris de 1832 à 1853, obtient un second prix en 1833 et son premier prix en 1835. En 1843 il rentre à la société des concerts et jouera dans l’orchestre de l’opéra-comique jusqu’à sa mort. Professeur de contrebasse au conservatoire de Paris de 1853 à 1882, il est connu pour sa méthode de contrebasse. Il est décédé à 72 ans le 28 mai 1882 au 78 rue Lafayette.
Méthode de contrebasse de Charles LABRO;
Antoine Auguste LABRO dit LABRO Jeune est né le 13 janvier 1817 à Sedan, comme son frère il sera contrebassiste à l’opéra de Paris de 1844 à 1864 (Second prix en 1837 et premier prix du conservatoire de Paris en 1838). Marié à Augustine Elisabeth KIESGEN, il décédera  à 70 ans le 14 juin 1887 au N° 120 rue du Faubourg Saint Martin.
Marie Jeanne Henriette LABRO est née le 11 octobre 1822 à Sedan ; elle épouse en 1847 à Paris Louis KIESGEN (1818-1893) facteur de pianos et frère de l’épouse d’Auguste LABRO. Ils auront un fils Auguste KIESGEN (1850-1896) qui sera Maître de Chapelle de Notre Dame de Paris de 1873 à 1875, puis après en 1879 maître de chapelle et organiste de l’église Saint Bernard à Paris.