jeudi 20 novembre 2014

Jean Chrétien ROTH (1816-1881). Facteur de tous les instruments à vent à Strasbourg.

Jean Chrétien ROTH (1816-1881).  
                       Facteur de tous les instruments à vent à Strasbourg.                       
                                  Successeur de DOBNER et Co et de BÜHNER et KELLER.                              
René PIERRE
Nous vous proposons dans cet article de mieux connaitre un facteur strasbourgeois, de tous les instruments à vent qui occupa la scène alsacienne pendant plus de 40 ans.
Marque vers 1843.

Jean Chrétien ROTH est né le 24 janvier 1816 dans la banlieue de Strasbourg, à Schiltigheim. Son père Jean Chrétien ROTH (1789-1856), tourneur était arrivé à Strasbourg vers 1810, venant de Tribourg dans le grand-duché de Hesse où il était né ; il avait épousé Dorothée RHEIN la fille d’un boulanger de Schiltigheim.
Jean Chrétien Roth fils avait plusieurs frères et sœurs, dont deux frères tourneurs eux aussi : Jean Georges ROTH né le 14 juin 1819 à Schiltigheim, qui épousera Dorothée Caroline RHEIN de Schiltigheim et Jacques ROTH né le 28 mars 1823 à Schiltigheim. Les trois frères ont été formés par leur père et ont peut-être travaillé pour Bühner et Keller ou pour la veuve Dobner.
En 1840, Jean Chrétien ROTH fils s’installa au 15 place Kléber, comme facteur d’instruments et épousa Caroline RHEIN le 20 août 1842 à Strasbourg.
Marques utilisées de 1850 à 1870.




















Vers 1843, il reprit la Maison Dobner, que tenait la veuve de Joseph DOBNERMarie Thérèse MÜLLER (1768-1849), au  9 place Kléber (place d’Armes).  « Chrétien Roth, successeur de Dobner et Co. Fournit tous instruments pour musique militaire. » (1)  Il devait à cette époque travailler avec son frère Jacques ROTH qui était aussi facteur d’instruments.  
Remarques : On peut lire régulièrement dans les articles concernant « Roth à Strasbourg » (Langwill) que Chrétien Roth « père » aurait créé la Maison …..Ce n’est pas exact. Seul Jean Chrétien Roth (1816-1881) fils a créé et dirigé la société. Il est souvent question également dans certaines publications de « Charles ROTH ». Le seul Charles Roth de cette famille était le frère de Jean Chrétien Roth fils né en 1825 qui sera clerc de notaire.
Signature de Jean Chrétien ROTH.
Jean Chrétien ROTH eut 7 enfants dont deux moururent en bas âge ; son fils Jean Chrétien Charles Erwin, sourd et muet, décéda à 17 ans. J.C. Roth était aussi un virtuose de la clarinette et fonda l’harmonie militaire de Strasbourg en 1846 ; il était membre de la loge de Strasbourg des  Frères Réunis. 

Clarinette 13 clés portant la marque de 1843
 « Roth/Successeur/Dobner/A Strasbourg ». (Collection RP)
« ….Il se présenta à l’exposition de 1844 et reçut une médaille de bronze pour une trompette placée au premier rang et un alto au troisième. Puis il adapta aux instruments de cuivre un mécanisme transpositeur à coulisse mobile (1852 et 1856). En 1855, Roth fit une flûte descendant au sol et une clarinette basse, dont aucun trou n’était directement bouché par les doigts, qu’il présenta à l’exposition avec un cornet clarino (cornet et bugle duplex), un cornet omnitonique à cylindre et à coulisses et des clarinettes en cuivres (médaille de 2° classe) ». (2)   

Carte postale représentant
le magasin Ch. Roth en 1868, 
  « anciennes Maisons Dobner
 et Bühner et Keller ». 























En 1846 Jean Chrétien ROTH demanda à A. SAX une licence, ainsi que le droit de commercialiser des instruments dépendant du brevet SAX.
Vers 1848, il reprit la Maison BÜHNER et KELLER, qui était passée dans la famille FINCK en 1844, à la mort de Jean BÜHNER.
Clarinette Si b à 6 clés, portant la marque « classique » vers 1855.
 (Collection RP).

En 1852, Jean Chrétien ROTH, écrit un petit document : « Les Musiques Militaires en France. De leur réforme, au point de vue de l’amélioration du sort des musiciens et de leur perfectionnement dans les limites des crédits du Budget »Chez Silbermann, 24 pages. Se trouve chez l’auteur, facteur d’instruments, 18 place Kléber, à Strasbourg. «  Dirigeant depuis 12 ans, avec un succès progressif, une fabrication importante d’instruments à vents dont les produits sont partagés entre la France et l’Allemagne….. »
Jean Chrétien ROTH y cherchait à promouvoir la situation professionnelle des  musiciens de musique militaire et proposait dans ce but la création d’un avancement qui les motiverait dans leur carrière, la propriété privée d’instruments plus performants, une formation différente de celle du « Gymnase Parisien », la création d’écoles dans cinq grandes villes, entre autres projets.

Clarinette Si b à 13 clés, portant la marque
 « classique » vers 1855. (Collection W. Rousselet).
En Mars 1852 il demanda un brevet d’invention de 15 ans, pour « un mécanisme transpositeur applicable aux instruments à vent en cuivre ».
La description du brevet décrit un « clairon chromatique en Si bémol munie du mécanisme transpositeur », qui comporte 3 pistons de jeu et 4 pistons transpositeurs (le premier baisse d’un demi-ton, le second d’un ton, le troisième d’un ton et demi, le quatrième de deux tons).
« Cette application permet de jouer dans tous les tons, sans ôter les lèvres de l’embouchure et sans avoir plus d’un accident à la clé ».
Système de pistons du mécanisme 
Transpositeur du brevet 
de 15 ans de mars 1852. (Inpi Paris)



















En 1856, Jean Chrétien ROTH et Jacques ROTH furent témoins au mariage d’Achille GALLICE, facteur d’instruments à vent en cuivre, successeur de KRETZSCHMANN. On peut donc penser qu’Achille GALLICE aurait travaillé pour ROTH.
Flûte à 8 clés avec une patte de Ré typique de C. Roth (R. Charbit)

Cette même année, en 1856, Jacques ROTH, frère de Jean Chrétien ROTH qui avait débuté sa carrière en étant facteur d’instruments de musique, était installé comme tourneur et marchand de pipes, au 3 place Kléber, avec sa famille et ses parents.

Les magasin et ateliers de la Maison ROTH étaient situés de 1844 à 1867 au 18 place Kléber, à Strasbourg, et plus tard rue de la Grange.

Hautbois à 11 clés. (Collection RP)
Cor anglais courbe en bois recouvert de cuir. (W. Petit)
Nicolas Eugène SIMOUTRE (1834-1908), luthier de Metz et de Paris a travaillé chez Ch. ROTH en 1856. (2)

En 1873, J.C. Roth s’associa à Julius Max BÜRGER, mais malade, il dut se retirer du monde musical  en 1876.  A sa mort, le 4 octobre 1881, J.M. BÜRGER prit sa succession.

Marque vers 1880.

Bibliographie :

    (1) : Almanach du Commerce de Paris, de la France et des pays par Sébastien Bottin.
   (2) : Constant Pierre. Les facteurs d’instruments de musique. Paris 1893.



dimanche 12 octobre 2014

Pierre LEVINVILLE luthier spécialiste de mandoline : De Paris à Besançon.

Tous les dictionnaires sur les luthiers français reprennent l'affirmation d'Albert JACQUOT (La lutherie Lorraine et Française) sur "LEVINVILLE luthier dont on ne connaît l'existence que par une étiquette signée de ce luthier à Besançon et sans date".
Étiquette mentionnée par A. JACQUOT.
Dans le cadre de notre travail sur le dictionnaire des "Facteurs, luthiers, marchands d'instruments de musique de l'Est de la France", nous avons fait quelques recherches sur ce luthier.

Signature de Pierre LEVINVILLE en 1787.

Pierre LEVINVILLE est né en 1734 à Melun. Son père Pierre LEVINVILLE était maître tuilier et marchand à Melun.
Le 25 août 1750 à l’age de 16 ans, il entre en apprentissage chez Pierre François SAINT-PAUL, maître luthier (reçu Maître le 5 juillet 1736) à Paris jusqu’ à sa mort en 1751, puis il passe chez Joseph GAFFINO (1720-1789), maître luthier (reçu Maître le 25 avril 1748) né à Turin et installé à Paris et successeur de Castagneri. (Minutes du notaire H. BOULARD de 1745 à 1782, archives nationales).
Étiquette du luthier parisien P.F Saint Paul.
Pierre François Saint-Paul (c1714-1751) est un célèbre luthier parisien, fils d'un notaire parisien il exerçait en 1742 rue Saint André des Arts à la "Lyre d'Apollon" ; son fils prit la succession de son beau père, le célèbre luthier GUERSAN.
Violon de Saint Paul.

Violon de Joseph GAFFINO.
Joseph GAFFINO était d'origine italienne ; il travailla pour CASTAGNERI rue des Prouvaires et lui succéda dés 1748 ; sa veuve tenait encore son magasin en 1789.
Publicité de GAFFINO.

Pierre Levinville après son apprentissage est reçu Maître  le 25 juin 1764. Il est installé à Paris en 1767 et spécialisé dans la fabrication de mandolines lorsqu’il distribue la méthode de mandoline de :
Léone Gabriele  - Méthode raisonnée pour passer du violon à la mandoline et de l’archet à la plume ou le moyen seul de jouer sans maître en peu de temps pour des signes de convention assortis à des exemples de musique facile. Contenant  XXIV airs dansants à deux mandolines, VI menuets avec accompagnement, II duo, I sonate avec la basse et plusieurs airs connus variés.


A Paris, l'Auteur... chez Mr. Levinville, luthier ; gravé par Mme Vendôme, imprimé par Montuhai.



 
Méthode de Léone GABRIELE.
Gabriele LEONE est un mandoliniste virtuose italien qui a parcouru l'Europe et qui a donné de nombreux concerts.  Après avoir étonné les Parisiens en jouant des sonates pour mandoline au Concert Spirituel, il devient pour une saison l'impresario du directeur de l'Opéra de Londres, puis revient à Paris où il enseigne son instrument au Duc de Chartres, le futur Philippe-Egalité, père du roi Louis-Philippe. C'est à lui qu'il dédie son incomparable Méthode raisonnée pour mandoline en 1768. Leone est sans doute celui qui porte au plus haut point la technique de la mandoline à cette époque. Comme dans la 6è variation du 3è mouvement de la sonate enregistrée sur ce disque, il demande parfois de jouer deux notes différentes sur les deux cordes d'une même paire ; il faudra attendre la fin du vingtième siècle pour voir resurgir cette technique. 

Pour en savoir plus sur l'histoire de la mandoline consulter ce site : Ensemble Gabriele LEONE


Il épouse Anne Magdeleine LORRAIN (Lorin) dont il aura au moins deux enfants Le 25 novembre 1766 lorsque son fils Pierre Joseph (1766-1846) naît et est baptisé à Saint Eustache, il est Maître luthier, rue Plâtrière dans le 1er arrondissement (aujourd’hui rue Jean Jacques Rousseau).
Ce fils sera militaire, marié à Catherine Dumoûtier, il aura plusieurs enfants dont Léon Levinville, plus connu sous son nom d’acteur de l’Odéon : SAINT LÉON.
 
SAINT LÉON acteur de l'Odéon.
1768 : il habite toujours rue Plâtrière à Paris, comme le montre cette étiquette d’une mandoline (collection particulière non connue-Source Sinier de Ridder).
Étiquette d'une mandoline de 1768.
En 1772 il est installé au Havre comme le montre cette mandoline (Collection Sinier de Ridder).
Mandoline de 1772. (Collection Sinier de Ridder)
Étiquette de la mandoline de 1772.
Il était veuf lorsqu'il épouse le 17 juillet 1787 à Besançon Marie Louise COULON. Lors de ce mariage il se déclare luthier et mécanicien.


Pierre LEVINVILLE est décédé le 19 mai 1788 à Besançon à l'âge de 54 ans et a été inhumé le lendemain dans le cimetière de l'église Saint Paul et Saint Donnat. Merci à Roger Chipaux de Besançon pour cette information essentielle.

 Une mandoline est présentée dans une exposition actuellement à la Collégiale de Saint Martin d'Angers qui a lieu du 20 septembre 2014 au 4 janvier 2015. (Il s'agit de la mandoline de 1772. (Collection Sinier de Ridder)


Merci à Françoise et Daniel SINIER DE RIDDER pour leur précieux soutien.

dimanche 6 avril 2014

Caspar FELCHLIN (1773-1842), facteur suisse passé par Strasbourg.

Georg Caspar FELCHLIN est né le 23 avril 1773 à Arth en Suisse, petite ville du canton de Schwyz à coté des quatre lacs. Son père était Joseph Anton FELCHLIN (1742-1800) et sa mère Anna Maria EBERHARD (1738-1806). Il restera célibataire et n'a pas eu d'enfant. La famille FELCHLIN habitait à Gängigen entre Walchwil et Arth au bord du lac de Zoug.

Région des quatre lacs en Suisse.
Il fit son apprentissage de tourneur et de facteur d'instruments de musique à Schwyz chez Joseph Anton SCHULER (1760-1809) dont on connaît plusieurs clarinettes à cinq clés des Musées de Bâle et Zurich. Il semble ensuite qu'il s'installe à Arth sa ville natale avant de partir pour Strasbourg où il exerça d'abord seul.
Marque d'une clarinette à 5 clés du Musée de Altdorf.
Puis il s'associe avec Joseph DOBNER (1744-1822), marchand mercier de Strasbourg pour créer la maison DOBNER et FELKLIN.

Marque d'une clarinette en Bb à cinq clés
Dobner et Felklin à Strasbourg (collection RP)
Pour mieux connaître cette période strasbourgeoise de Caspar FELCHLIN cliquez sur le lien suivant :
Il y restera entre 8 et 10 ans à Strasbourg pour s'installer vers 1810 à Berne où son neveu Joseph Carl Anton ("Charles") FELCHLIN (1801-1855) le rejoint en 1812.
Marque Felchlin à Berne.
Il semble que Caspar Felchlin quitta Berne vers 1813 pour s'installer à Schwyz où son maître Joseph Schuler était décédé en 1809, la concurrence à Berne de la famille HIRSBRUNNER étant très importante.
Buccin de Hirsbrunner. (Musée de Leipzig)
Flûte de Caspar FELCHLIN à Berne. (Dayton Miller Museum)
Le 11 avril 1823 il publia dans le journal "Der Erzähler" un article pour dénoncer la contrefaçon d'instruments portant sa marque. Comme il n'arrivait pas à obtenir une décision au niveau juridique, il publia le résultat de son enquête qui accuse le professeur de musique de Zurich, Johannes ZEUGHEER également marchand de musique, de posséder un fer avec la marque "Felchlin à Berne". Il s'était procuré cette marque auprès du graveur Caspar BACHMANN et avait utilisé pendant plusieurs années ce fer pour marquer des instruments achetés au fabricant de Zug, KAISER.
Clarinette de Charles FELCHLIN à Berne. (Met Museum de New York)
Caspar FELCHLIN exerça à Schwyz jusqu'à sa mort le 12 mai 1842 à Walchwil.
Son neveu Joseph Carl Anton "Charles" FELCHLIN était né le 18 février 1801 à Arth et avait fait son apprentissage de tourneur et de facteur d'instruments de musique chez son oncle d'abord à Berne puis l'avait suivi à Schwyz. Ses parents étaient Franz Anton Fidel FELCHLIN (1770-1836), (frère aîné de Gaspar)  et sa mère Maria Elisabetha EHRLER.
Il continua sa formation en passant quelques années dans l'atelier de Johann George BRAUN (1790-1833) à Mannheim avant de revenir à Schwyz où il épousa le 27 octobre 1832 à Schwyz Anna Magdalena GEMSCH. (1812-1875)
Cor de Basset de Johann George Braun à Mannheim (Musée de la musique de Leipzig)
(Il existe des instruments portant la marque : "FELCHLIN JUNGER A SCHWYZ"). Il quitta Schwyz après son mariage en 1833 pour s'installer à Berne où naîtront ses trois enfants dont son fils Joseph Aloys Carl Dominik FELCHLIN (1838-1885) qui prendra sa succession.
Marque d'une clarinette Mi B de Charles Felchlin à Berne vers 1834.
Collection José Daniel Touroude.
Idem photo du dessus.
Il quitta Berne vers 1852 pour Zug où il produisit quelques instruments : "FELCHLIN à ZUG" avant de décéder le 23 novembre 1855 à Zug.
Canne clarinette de Charles FELCHLIN à Berne. (Musée de la musique à Bruxelles)
Son fils Dominik FELCHLIN, né à Berne le 25 janvier 1838 lui succéda à Zug et garda la même marque. Il avait épousé Elisabetha WALTER et décéda à Zug le 27 mai 1885.
Source :"Die Blasinstrumente in der Schweiz" de Walter R. KÄLIN.
Walchwil, ville où est décédé Caspar FELCHLIN.

vendredi 10 janvier 2014

Charles KRETZSCHMANN (1777-1842), de Markneukirchen à Strasbourg.

Karl Gottlob KRETZSCHMANN est né en Allemagne, à Markneukirchen (Saxe) le 19 avril 1777. Il était le fils du facteur Johann Gottfried KRETZSCHMANN de Markneukirchen et d’Eva Rosina GOETZ et appartenait à la célèbre famille du « Vogtland » qui a donné de nombreux facteurs d’instruments de musique.
Il est arrivé vers 1809 à Strasbourg, sans doute accompagné d’un neveu, Charles Gottlob KRETZSCHMANN (*), facteur d’instruments, né à Neukirchen, décédé à 25 ans le14 juin 1813 à Strasbourg. Le père de ce neveu, Adam KRETZSCHMANN, était aussi facteur en Saxe.
Karl (Charles) Gottlob, qui avait francisé son prénom, épousa vers 1810 Suzanne ANNECKER (1790-1855), fille d’un boucher installé à Wasselonne en Alsace. Ils eurent quatre enfants dont les deux premiers  décédèrent en bas âge : Charles Gottlob (1812-1814) et Caroline (1813-1817).




Signature de Charles KRETZSCHMANN père.
Le second  fils, Charles Auguste KRETZSCHMANN, né à Strasbourg le 16 octobre 1818 prendra la succession de la Maison en 1842 à la mort de son père. Quant à Frédérique Wilhelmine (Guillemette) KRETZSCHMANN, née le 23 décembre 1821 à Strasbourg, célibataire,  elle décédera le 12 septembre 1860 à Scharrachbergheim dans le Bas Rhin. Dès son arrivée à Strasbourg en 1809, Charles Kretzschmann père se déclara fabricant d’instruments à vent et s’établira au N° 5 de la rue Saint Hélène, adresse des Kretzschmann père et fils pendant toute leur activité. La fabrication de l’atelier comportait tous les instruments à vent en cuivre : cornets, trompettes, cors, trombones, ophicléides et utilisait exclusivement le système allemand de barillets rotatifs.
Pavillon d'un cor naturel de Charles KRETZSCHMANN père.
(Collection R. Charbit)
Même si la production de Charles Kretzschmann fût très influencée par la facture allemande, elle restera par sa diversité et sa créativité d’esprit français : les trompettes à clés, circulaires, demi-lune, les buccins, ophicléides  montrent que ce facteur de province était au niveau des meilleurs facteurs parisiens. A l’exception peut-être d’un ou deux facteurs lyonnais, aucun facteur de cuivres de province, ne produisait une telle variété d’instruments en ce début du XIXe siècle
                                   Petit cor de poste (Vente de Vichy juin 2006)                                       
 Grand bugle à 7 clés en Fa en forme de demi lune de Charles KRETZSCHMANN
à Strasbourg. (Collection Richard Charbit)
 
Trompette demi-lune (collection B. Kampmann)
Jean FINCK (1807-1858), autre facteur de cuivre installé à Strasbourg, a sans doute été formé dans l’atelier Kretzschmann, puisque il ne quitta pas Strasbourg et se déclarera tourneur de 1807 à 1817, puis seulement à partir de cette date, fabricant d’instruments à vent. Seul Kretzschmann avait la compétence à Strasbourg pour former un élève. (*)
La collaboration entre les différents facteurs strasbourgeois ne s’arrêtera pas là, comme le montrent ces deux cors naturels marqués « Bühner et Keller » et « Dobner », visiblement fabriqués par Kretzschmann.
Cor naturel de Bühner et Keller fait par Charles Kretzschmann (collection RP)



Cor naturel marqué Dobner à Strasbourg sans doute fabriqué par Kretzschmann (Collection Richard PICK)

A la mort de Charles Gottlob KRETZSCHMANN, le 18 février 1842 à Strasbourg, son fils unique Charles Auguste KRETZSCHMANN, âgé de 23 ans prit logiquement la suite de son père. Il devait avoir été formé très tôt dans l’affaire, puisque que dès 1844 il participa à l’Exposition de Paris, où il présenta des bugles à Cylindres, un bugle basse et un bombardon.
Signature de Charles Auguste Kretzschmann (1818-1888)

Cornet à pistons en ut/mi b (N° 625 de la collection Bruno KAMPMANN)

Il obtiendra le 1 mai 1850 un brevet de 15 ans N° 9850  « Améliorations et changements apportés au mécanisme des cylindres rodiques qui sont applicables à tous les instruments de musique tels que cornets, clairons etc…. » En fait C.A Kretzschmann était un partisan « du système à cylindres rodiques » auquel il trouvait de multiples avantages, dont celui de laisser passer l’air d’une façon plus naturelle et sans obstruction ; en revanche il voulait améliorer son inconvénient majeur, la fragilité et avait conçu un « couvercle manivelle»  qui fonctionnait sans friction.
Selon Bruno KAMPMANN « ….l’idée est très proche de la walzenmaschine brevetée par CERVENY postérieurement en 1873. La particularité unique est que les ressorts de rappel sont inclus dans les barillets, et non situés dans un rotor extérieur ». Si vous voulez en savoir plus (et si vous parlez allemand) ce système est détaillé à la page  35 de l’ouvrage de Günter DULLAT « Metallblasinstrumentenbau »

Trompette en sol à trois barillets et ton de sol, appliquant ce brevet, en particulier le couvercle manivelle
(N° 528 de la collection Bruno KAMPMANN)
Il récidivera en 1856 et obtiendra le 23 juin un brevet de 15 ans (N° 28038) pour la fabrication d’un « système de pistons à mouvement horizontal avec pression verticale, applicable à tous les instruments de musique en cuivre ».


« Clairon chromatique baryton en si utilisant ce nouveau brevet » (Musée de la Musique à Paris) et schéma expliquant ce nouveau système  à pression verticale et mouvement horizontal. Günter DULLAT « Metallblasinstrumentenbau »
A cette date, il faisait partie de la coalition des facteurs d’instruments qui luttera contre l’hégémonie du grand Adolphe SAX. Nous n’allons pas « répéter » ces procès fastidieux entre la coalition et le « pauvre Adolphe Sax martyr de tous ces cupides facteurs d’instruments », discours convenus et entretenus par des écrivains bien connus, comme Oscar Comettant et le Comte Ad de Pontécoulant, discours repris en cœur dans tous les documents publiés sur Sax, même actuellement ; ouvrages dans lesquels KRETSCHMANN est cité très rarement, sinon pour souligner « sa cupidité » et son « incompétence ». (1)(2)(3)(4)
Pourtant il existe un nombre impressionnant d’ouvrages reprenant l’ensemble des procès opposant Kretzschmann à Sax, disponibles à la Bibliothèque Nationale de France, montrant que le combat fût long, âpre et que l’issue ne fût pas si favorable pour Sax, puisque en appel, Kretzschmann fut condamné non pas pour contrefaçon, mais pour…recel de 4 instruments produits par Kretzschmann comme preuve d’antériorité au brevet Sax de 1845 et pour les avoir introduit en France. (5)(6)
 
Reprenons les éléments essentiels de ces procès. Ch. A. KRETZSCHMANN fut d’abord cité comme témoin dans le procès qui opposa GAUTROT à SAX, mais son témoignage ne fût pas retenu. Aussi, lorsqu’il fût cité comme témoin dans le procès  qui opposa BESSON à SAX, il produisit trois instruments, fabriqués par son père (3 ophicléides alto à 3 pistons parallèles vendus en 1839 et 1841 dont les propriétaires étaient suisse, et vosgien) et un quatrième, vendu par Kretzschmann fils en 1843 (ophicléide alto à trois pistons), fabriqués avant le brevet Sax du 13 octobre 1845, qui revendiquait l’invention :
« Des instruments ayant le pavillon en l’air et les pistons parallèles au tube de l’instrument ». (5)
Sax fait saisir ces quatre instruments, ainsi que les documents prouvant la vente à la date indiquée, pour contrefaçons. Comme il était difficile de contredire les dates, en particulier celles qui concernaient les instruments de Kretzschmann père décédé en 1842, le tribunal décida que les instruments auraient été modifiés après 1845 mais par qui ? Le tribunal n’osa accuser ni Besson, ni Kretzschmann, puisque les instruments étaient arrivés au tribunal dans des conditions particulières. Nous voudrions décrire avec quels soins les propriétaires avaient fait parvenir au tribunal les instruments, propriétaires qui c’étaient même déplacés durant les procès pour témoigner en faveur de Kretzschmann.
Prenons le cas de «  l’ophicléide alto à trois pistons parallèles, fabriqué par feu Mr KRETZSCHMANN père et vendu par lui le 19 octobre 1841 à Mr Louis Hoffmann-Vulliemoz à Lausanne, canton de Vaud (Suisse). Cet instrument a été produit en justice par son propriétaire actuel, Mr François Blanc, huissier à Lausanne, à l’appui de sa déposition du 30 juillet 1858. Pour établir l’origine et la date exacte de cet instrument, Mr KRETZSCHMANN fils avait produit :
·         Les livres de commerce de feu son père.
·         Les lettres relatives à cet instrument de Mr Louis Hoffmann-Vulliemoz.
·         Une déclaration notariée du 26 mai 1858 de MM Louis Hoffmann-Vulliemoz, François Blanc propriétaire de l’instrument, David Thuillard, Philippe Pflüger, Frédéric Allamand, Jacques Lauffen, Jacques Hoffman, Henri Blanc.
Les signataires de cet acte ont déclaré « qu’étant tous membres du corps de musique militaire de Lausanne, dirigé par le lieutenant Hoffman, ils ont vu cet instrument dans leur musique dès l’année 1841. Cet instrument alors nouveau pour eux, fut de leur part l’objet d’un examen particulier et leur a laissé un souvenir parfaitement distinct, notamment par la position des pistons placés tous trois ensemble dans la même direction parallèle au tube du pavillon ». Le dit instrument reconnu cacheté par un notaire ». (5)
Le même traitement étant fait pour les trois autres instruments, il faut croire que Mrs Kretzschmann et Besson bénéficiaient d’un solide réseau de « complices », puisque le 19 juin 1862 ils étaient accusés « non pas d’avoir contrefait les quatre instruments, mais de les avoir introduits en France et recélés, sachant qu’ils étaient contrefait ». (5)
On comprend mieux, pourquoi Constant PIERRE fut aussi sévère avec A. SAX  dans son ouvrage « Les facteurs d’instruments de musique ».
« A. SAX déposa de nouveau son bilan en 1873, après une période particulièrement brillante, pendant laquelle il avait certainement vendu beaucoup d’instruments, reçu plus de 500 000 frs d’indemnité du procès Gautrot, encaissé nombre de primes des facteurs qui avaient sa licence pour faire des instruments imposés sous son nom dans l’armée. Comment donc s’il n’y eut des dépenses excessives, des remises exagérées, des frais de publicité énormes, des panégyristes largement rémunérés, s’expliquer un tel désastre. Avec le nouveau régime, Ad. SAX ne retrouva pas l’appui que lui avaient prêté les fonctionnaires de l’Empire, la lutte redevint égale et toute pression officielle cessant, les facteurs purent écouler les instruments de leurs systèmes, sans être contraints comme auparavant, de se borner à la confection des types réglementaires imposés et dénommés à l’instigation d’Ad. SAX ». (7)
Quand à Ch. A. KRETZSCHMANN, il se retira des affaires vers 1860 : « Mr KRETZSCHMANN s’est retiré des affaires ; mis en possession par son père d’une fortune relativement considérable, augmentée encore par sa propre industrie et suffisante aux besoins de son existence ». (5)
On remarque également que son brevet de 1856 : « nouveau système à pression verticale et mouvement horizontale » avait pour but de répondre au brevet SAX de 1845, même s’il ne rencontra pas un franc succès.

 

Il se retira à Scharrachbergheim, petite commune du Bas Rhin de 1000 habitants, située à 21 kms de Strasbourg. C’est là qu’il décèdera le 12 octobre 1888 à l’âge de 70 ans, sans descendance. (*)
C’est Achille (François Pascal) GALLICE qui prendra la succession de la Maison KRETZSCHMANN dans les années 1860. Achille GALLICE était né à Briançon le 5 décembre 1832, il était le fils de Pascal GALLICE ébéniste à Lyon. Avant son installation rue des Frères, il devait travailler pour Jean Chrétien ROTH (Successeur de Dobner et de la Maison Bühner et Keller), puisque lors de son mariage le 19 juillet 1856 à Strasbourg avec Pauline SCHATZ, fille d’un brossier de Strasbourg, « J.C. ROTH, 40 ans facteur d’instruments et Jacques ROTH, 33 ans amis de la famille » en furent les témoins.
  

Achille GALLICE exerça son métier de « facteur d’instruments en bois et en cuivre » de 1867 à 1886 à la même adresse, 14 rue des frères qui deviendra en 1880 la « Brüderhofgasse ».
Bibliographie :
(1) : Comte Ad de Pontécoulant : Organographie. Essai sur la facture instrumentale. Art, Industrie et commerce. Paris 1861.
(2) : Oscar Comettant : Histoire d’un inventeur au XIX° siècle. Adolphe Sax, ses ouvrages et ses luttes. Paris 1860.
(3) : Malou Haine : Adolphe Sax (1814-1894) Bruxelles.
(4) : Jean Pierre Rorive : Adolphe Sax (1814-1894), Inventeur de génie. Edition Racine.
(5) : Cour de Cassation. Mémoire ampliatif pour Mr Ch. A. Kretzschmann contre M. A. Sax. 1863 chez
Silbermann.
(6) : Cour de Cassation, chambre criminelle : Besson, Kretzschmann contre Sax : BNF 4 FM 16527.
(7) : Constant Pierre. Les facteurs d’instruments de musique. Paris 1893.
·         Larigot : Catalogues de la collection de Bruno Kampmann.
·         Site de Richard Charbit : http://www.orpheemusic.com.
·         Anthony Baines: Brass Instruments. Their History and Development.
·         Waterhouse William: “The New Langwill Index. A dictionary of Musical Wind Instrument Makers and Inventors”.
·         Archives départementales du Bas Rhin à Strasbourg. Etat civil, recensements, annuaires, almanachs.
·         Günter DULLAT « Metallblasinstrumentenbau ».
·         Enrico WELLER « Der Blasintrumentenbau in Vogtland von den Anfängen bis zum Beginn des 20
Jahrhunderts ».
·         Site de Richard Pick : http://www.pick-et-boch.com/
·         Brevets : Archives de l’INPI : 26 bis rue de Saint Petersbourg, Paris 75008.