lundi 21 mars 2011

Monocorde de Joseph Nicolas POUSSOT à Pierre la Treiche.

Notre ami Jean Luc MATTE nous fait gentillement remarquer, que nous n'avons pas encore évoqué, dans notre blog, deux instruments spécifiques de notre Lorraine natale : l'épinette des Vosges et surtout le monocorde de Joseph POUSSOT, cher à André BISSONNET, antiquaire et expert en instruments de musique anciens. Il nous indique en plus un article, disponible sur internet, rédigé par Bernard RAVENEL, professeur à l'université de Nancy, qui fait le tour de la question.
http://www.etudes-touloises.com/articles/66/art1.pdf
Tout est dans cet article ; je me permets juste de faire une rapide synthèse pour les "paresseux".

Marie Joseph Nicolas POUSSOT est né à Grandvillers dans les Vosges, le 6 décembre 1861. Son père Jean Nicolas POUSSOT était....rentier à 30 ans et sa mère Marie Catherine TIHAY.
Il étudia la musique à Charmes (Vosges), mais il trouva son apprentissage fastidieux.

Brevet du monocorde du 8 mars 1886


Son oncle, l'abbé Charles TIHAY présentait la particularité d'être prêtre ....et inventeur. C'est lui qui inventa le pédalier de bicyclette à roulement à bille. Mais il s'intéressait aux instruments de musique, car il déposa en collaboration avec Léopold DURAND, sous lieutenant au 27° de ligne, le 13 janvier 1862 un brevet pour un "polycorde à transpositeur universel"...précurseur de notre monocorde.
Sans doute en collaboration avec son oncle, il invente un instrument simple à jouer et à fabriquer, qui joue juste grâce au clavier et qui permet au "musicien" de jouer rapidement. De plus ils conçoivent un système de notation facilitant la lecture de la musique :" la notation figurée".

Monocorde de Poussot.
L'abbé Alban GUYOT, prêtre à Pierre la Treiche, proposa à Joseph POUSSOT de l'aider. Celui ci s'installa dans cette petite ville proche de Toul en 1883.
Le site de Mamléa vous permettra de découvrir la jolie campagne de Pierre la Treiche :
http://vuparmam.blogspot.com/2009/05/pierre-la-treiche-et-la-moselle.html

Le 8 mars 1886, il déposa et obtiendra un brevet de 15 ans pour son monocorde. La réputation de ce nouvel instrument dépassa très vite les limites régionales, voir nationales car on le retrouva, en Belgique, au Pays Bas, en Italie, au Canada et même en Afrique.

En 1888 Joseph POUSSOT épousa une jeune fille de Pierre la Treiche, Marie CHENIN. Naîtront deux fillettes, Marie en 1889 et Maria en 1890. L'entreprise de POUSSOT marchait très bien, puisqu'en 1891 elle employait 10 ouvriers luthiers.

"Hélas le jeune couple ne va guère profiter, ni de son bonheur, ni de sa réussite. Le 2 juillet 1891 Joseph POUSSOT se noie dans la Moselle au lieu dit : "le quart du sable". Il avait 29 ans et demi.

Son épouse pris courageusement la suite, mais elle dut fermer l'atelier en 1896".


Joseph POUSSOT, dirigeant son orchestre de Monocordes.

Le monocorde de POUSSOT a toujours de "furieux" partisans. Nous vous proposons de voir la superbe démonstration d'André Bissonnet.



mercredi 16 mars 2011

Une association Franco Suisse à Strasbourg : Dobner et Felklin.

Depuis très longtemps, nous cherchions à résoudre, l'énigme de deux signatures d'instruments de musique de Strasbourg : " Dobner et Felklin" et "Dobner et Consort".En effet, concernant la première signature, "Dobner et Felklin", il y a très peu d'instruments, et quelques documents, dont le Langwill, faisaient mention d'une possible association entre " Des membres inconnus des familles Dobner et Felchlin". Et les Felchlin sont mieux connus, comme étant une famille de facteurs de Berne en Suisse.
Le hasard à voulu que nous "tombions" sur l'excellent document de Walter KÄLIN : "Die Blasinstrumente in der Schweiz", traitant de tous les facteurs suisses d'instruments de musique, et qui présente très complètement la famille Felchlin, dont le fondateur : Georg Caspar FELCHLIN, né à Arth en Suisse le 23 avril 1773. Il a étudié le métier de facteur d'instruments avec J.A. SCHULER à Schwyz, dans le canton du même nom. Il s' installa dans sa ville natale de Arth, avant d'arriver à Strasbourg vers 1795 pour une période de 8 à 10 ans, avant de s'installer à Berne vers 1810. Pour l'instant, rien n'a été trouvé aux archives de Strasbourg, ce qui est assez logique si l'on considère le fait que Caspar FELKLIN, ou FELCHLIN, ou FÄLCHLIN est resté célibataire, donc pas de mariage, ni de naissance. Dans cet ouvrage, très documenté, il est fait état d'une clarinette, signée "Caspar FELKLIN à Strasbourg" dans un musée suisse à Altdorf : "Historishes Museum URI", dont le conservateur, Rolf GISLER-JAUCH, a répondu à notre mail et nous a envoyé 2 photos. Nous le remercions pour sa courtoisie, sa gentillesse ...et son français.
Clarinette en Do à 5 clés de Caspar FELKLIN à Strasbourg (Historishes Museum Uri).

Voilà pour la partie FELKLIN de l'association ; passons à la partie DOBNER. Joseph DOBNER est né à Münchsfeld en Bohême le 1 février 1744. Son père Jean Mathieu DOBNER était meunier. Vers 1780 il épouse Marie Anne DESFONTAINES, la fille d'un "oculiste" de Jarville, prés de Nancy. Son épouse décède à 62 ans le 30 mai 1793 au n° 34 rue des Arcades à Strasbourg ; Joseph DOBNER (49 ans), se déclare "Marchand Mercier". La même année, le 27 décembre, il est témoin lors de la naissance de Salomé Joséphine BÜHNER, fille de Gabriel Sébastien BÜHNER facteur bien connu de Strasbourg.
Clarinette à 5 clés en Si B/La de "DOBNER et FELKLIN à Strasbourg". (Collection René PIERRE)Si l'on compare les deux clarinettes, celle signée Caspar FELKLIN et celle DOBNER et FELKLIN, elles sont pratiquement identiques.
Marque "DOBNER et FELKLIN à Strasbourg" de
la flûte une clé. (Collection René PIERRE).
Joseph DOBNER, marchand mercier devait vendre de 1780 à 1795, les instruments des KELLER, puis ceux de BÜHNER et KELLER dans ses voyages en France et à l'étranger (Suisse et Allemagne) ; puis à l'arrivée de Caspar FELKLIN ils s'associent, Joseph DOBNER vendant les instruments, Caspar FELKLIN les réalisant. La comparaison des clarinettes de KELLER, BÜHNER et KELLER de la même période et celles de FELKLIN se ressemblent étrangement.....Est il possible que FELKLIN ait travaillé pour ces facteurs, car dans les almanachs de la ville de Strasbourg ont ne trouve pas de DOBNER et FELKLIN. L'association du marchand et du facteur suisse aurait été réservée à "l'export", car n'oublions pas l'appartenance de cette marque "au club des angelots trompettistes". Mais tout cela n'est que supposition.....les recherches continuent.
Flûte en Do à 1 clé et 3 tons de DOBNER et FELKLIN.
(Collection René PIERRE)

Au départ de Caspar FELKLIN pour la Suisse, Joseph DOBNER reprend son indépendance. Cela pourrait se situer vers 1803, car le Langwill mentionne : "Une publicité dans un journal de Nuremberg, proposait à la vente, une jolie clarinette par DOBNER à Strasbourg". Effectivement ont connaît des instruments signés "DOBNER à Strasbourg", dont deux bassons, l'un au musée de La Villette, l'autre au Musée de Céret. Nous n'avons pas réussi à obtenir de photo de ces marques (et l'on dit que les suisses sont rigides..), cela ne devrait pas tarder. En revanche nous avons reçu de Richard PICK de Lyon, des photos d'un cor naturel de sa collection marqué "DOBNER à Strasbourg".
A partir de 1807, les annuaires strasbourgeois mentionnent : "Jos. DOBNER, marchands d'instruments de musique, Grandes Arcades à Strasbourg". Le 26 août 1809, il épouse en seconde noce à 65 ans, Marie Thérése MÜLLER née à Kehl (Bas Rhin) le 16 octobre 1768, domiciliée à Strasbourg depuis 15 ans. C'est sans doute après ce mariage, que l'on peut situer la marque "DOBNER et CONSORT" qui apparaît sur des instruments typiques de cette période, très différents de ceux de BÜHNER et KELLER. Joseph DOBNER est décédé à 78 ans, le 25 décembre 1822, place d'Armes à Strasbourg. La Maison DOBNER continue malgré le décès de son fondateur, animée par sa veuve Marie Thérése DOBNER, aidée d'un ouvrier luthier, Jean David REINHARD (56 ans en 1838). Elle sera reprise en 1844 par Jean Chrétien ROTH, avant le décés le 6 avril 1849 de Marie Thérése MÜLLER, " Veuve de Joseph DOBNER : facteur d'instruments".